Croix de John CHURCH
John M Church
Pilote P47D
1916 – 1944
Honoré par le village français de Haudainville
Le 21 mai 1944 était un beau dimanche printanier. A Haudainville, petit village dans les environs de Verdun, un jeune garçon de huit ans, nommé Claude, sortait de l’église du village avec ses parents, quand soudain, le ciel se remplit de la vision d’un combat aérien. Ce violent spectacle, qui se termina par le décès d’un jeune pilote américain, impressionnant tellement le petit Claude que vers la fin des années quatre-vingt il se mit à faire des recherches méticuleuses dans l’objectif de rendre honneur à ce pilote et sa famille. Aujourd’hui, Claude est membre de la Confederative Air-Force1, et il nous raconte l’histoire de John Church…
In memoriam John Church, 1916 – 1944
Le 21 mai, 1944, à Haudainville, semblait être un beau dimanche printanier, rien d’extraordinaire à cela. Cependant, cela faisait quatre ans qu’on subissait la présence opprimante de la Wehrmacht2, des privations, des rations, et si on ose le dire de cette façon, la "routine" de l’occupation.
Soudain, au moment où les paroissiens quittaient l’église après la messe dominicale, la silence du ciel bleu au-dessus de Haudainville fut brisée par une explosion de rage et de bruit. Deux avions de chasse passaient à ras des toitures. Malgré le bruit assourdissant des moteurs à plein régime on entendait clairement les tirs des canons. L’un des avions commença à produire une longue traînée de fumée noire. Le bruit de son moteur endommagé fut d’autant plus fort. Sa trajectoire devint verticale, et après avoir touché les cimes de deux peuplier au bord du canal, celui-ci s’écrasa au lieu-dit Le Pré le Bec. Une énorme explosion avisa aux villageois que la fin venait de s’annoncer pour l’un des deux avions et son pilote.
Il fallut attendre l’après-midi pour que soit révélée l’identité de celui-ci. Dans le cratère créé par l’écrasement de l’avion se dégageait une fumée dense, et c’est parmi les débris de métal et les restes humaines que furent trouvés une porte-monnaie, un montre, un anneau et une plaque d’identification :
John M. CHURCH, number : 0799938 T 43-44
Trois jours plus tard, malgré l’opposition considérable de l’armée d’occupation, l’abbé Merlot organisa les obsèques de John Church devant une foule tellement nombreuse que l’église, normalement considérée comme spacieuse, s’avéra trop petit pour contenir tout le monde.
Pendant plusieurs mois la tombe de John fut généreusement affublée de fleurs par les enfants du village. Un jour d’été en 1945 une voiture britannique arriva dans le village. Un officier fut venu pour exhumer le petit cercueil de John, et le faire transporter au cimetière américain d’Andilly (54). Il est ensuite parti aux États-Unis et le cimetière de Saint Mary à Lee (Massachussetts), où John repose en paix jusqu’à ce jour.
Beaucoup plus tard je sentis un besoin profond d’exprimer mes remerciements à la famille Church. Grâce au département historique de l’armée de l’air américaine je pus localiser la famille Church dans la ville de Plattsburgh (New York). Une étudiante américaine, Christina George, que j’ai rencontré lorsqu’elle faisait un voyage scolaire à Verdun, fut aussi une aide précieuse dans mes recherches. C’est grâce à son travail aux États-Unis que je reçus une première réponse de la famille Church en mars 1997. Susan écrivit la lettre suivante :
Cher Monsieur Gascon,
Merci pour votre lettre gentille qui portait sur les renseignements de mon frère, John Church. Cela va sans dire, qu’après 53 ans, c’était une surprise très agréable.
Permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Susan, et John était mon frère préféré. Même si je n’avais que sept ans au moment de son décès, je me rappelle très bien de lui. C’était un jeune homme populaire, qui était apprécié par tout le monde, car il avait un merveilleux sens d’humour, il faisait preuve d’un respect authentique pour les autres, et il aimait la vie. Son décès était un choc terrible pour mes parents, d’autant plus que moins de six mois plus tard j’ai perdu un autre frère dont l’avion s’est écrasé au large de la côte italienne. Contrairement à John, dont le cadavre fut exhumé et ramener aux États-Unis pour être enterré, mon frère Thomas ne fut jamais trouvé. L’an dernier nous apprîmes que son nom et ceux des autres membres de son équipage apparaissent sur un monument dans un cimetière dans les environs de Florence. Malheureusement mes parents sont décédés avant d’apprendre cela. Je pense que cette information aurait été un confort peur eux.
Au grand chagrin de mes parents je me suis marié à un pilote de l’armée de l’air dont le service fut de vingt-deux ans et demi. Bien que cela puisse sembler étrange, mon mari, Jim, a beaucoup de qualités en commun avec John, et lui ressemble même physiquement. Mes parents ont fini par le considérer comme un fils.
Autre coïncidence, Jim est membre du Rotary depuis plus de 30 ans. Le club Rotary de Plattsburgh participe à un programme d’échange d’étudiants, et nous avons eu le plaisir de rencontrer beaucoup de ceux-ci.
John a laissé derrière lui une grande famille, donc je suis sûr que vous allez recevoir beaucoup d’autres lettres d’appréciation.
Mon mari et moi avons fait beaucoup de voyages en Europe ce dernier temps, mais nous n’avons pas encore été en France. Si un jour nous le faisons, nous aimerions pouvoir vous contacter.
Si vous vous souvenez d’autres détails, même petits, j’aimerais que vous me les disiez. Merci encore pour votre gentillesse, et que Dieu vous bénisse.
Cordialement,
Susan Church Judkins.
Voici comment, depuis la réception de cette lettre, je corresponds avec la famille du pilote : Rose, Walter, Joan, Charlie et Susan, qui exprimèrent tous leur gratitude chaleureuse, résultat auquel je ne m'attendais pas.
Cela fut suffisant pour inciter la création, en coopération avec Jean Lequy, René Moreau, Jean Thaurel, et quelques autres qui m’excuseront de pas les mentionner, l’association Jake’s Memorial dont l’objectif principal est la commémoration de ce jour du 25 mai, 1997.
Grâce à Susan, je crois maintenant connaître suffisamment bien la famille Church. Leur histoire mérite d’être racontée.
En 1944, dans la famille Church de la ville de Plattsburgh (New York) il y avait huit enfants. Parmi eux, quatre garçons avaient l’âge de participer à la guerre, et ils ne se posèrent pas de questions : les quatre furent engagés.
Le premier fut Joseph "Joe" Church (photo à droite) né en 1913. Il servit dans l’armée marine. Il vit l’action dans l’Atlantique, et dans la Méditerranée. Il décéda en 1996 à l’âge respectable de 83 ans. Sa femme, Rose, décéda en 1998.
Thomas "Tommy" Church (photo à gauche), né en 1923, disparut dans la mer Adriatique le 22 septembre 1944 à bord d’un bombardier B24 qui revenait d’une mission dans le ciel au-dessus de Munich.
Walter H. Church Junior (photo à droite) naquit en 1918. Il se battit pendant la deuxième guerre mondiale dans la Pacific Tank Division. Il se maria avec Mary.
Et finalement John Martin Church, le malheureux héro de cette histoire, surnommé affectueusement "Jake" par ses frères et sœurs (d’où le nom de l’association). Il naquit le premier mai, 1916 à Royal Oak (Michigan), et fut engagé pour une formation de pilote de chasse en 1943. Il perdit sa vie à Haudainville le 21 mai, 1944.
Après avoir piloté le PT 17, le Vultee BT13, le T6 et le P40, il eût son permis pour le P47, qu’il pilotait depuis fin 1943. Le 4 avril, 1944 sa division, la 22nd Fighter Squadron, arriva à Liverpool après un voyage de 13 jours à travers l’Atlantique. Elle s’établit ensuite à Kingsnorth, dans le comté de Kent, entre Londres et Douvres. Le 30 avril, 1944, la 22nd Fighter Squadron reçut dix nouveaux avions P47-D22. Des missions de harcèlement purent commencer au-dessus de l’Allemagne et des territoires occupés.
Dans l’une de ses lettres, très émotives, Jake écrivit à ses parents en avril 1944, et exprima sa souffrance d’être séparé de sa famille, mais aussi la joie qu’il éprouva à fêter Pâques, et sa fierté pour ses trois frères, notamment Thomas (Tommy), le plus jeune, qui venait d’obtenir le rang d’officier navigateur-bombardier.
Le jour fatidique du 21 mai, 1944, John échoua dans sa mission. Ce jour-là il volait avec le premier lieutenant Ranaldo V Thomas. Ils revenaient d’une mission de mitraillage en Allemagne. Malgré une formation de vol serrée le temps fut mauvais, et ils furent séparés dans un orage violent.
C’est ainsi que John s’est trouvé seul au-dessus d'Haudainville, suivi de près par un Messerschmitt, et finît par échouer à des milliers de kilomètres de sa famille et de sa patrie. Il avait tout juste 28 ans.
J’aimerais rappeler à tous le courage de ces pilotes de chasse et de ces bombardiers, qui savaient le risque qu’ils prenaient. En effet, un pourcentage énorme d’avions ne revenaient jamais à leur base.
Au-delà de l’admirable idéal de liberté qu’avait John, idéal pour laquelle il risqua sa vie et finît par la perdre, John mourut aussi pour les habitants d'Haudainville et du département de la Meuse. Ils voulurent s’en souvenir. Parmi eux, Pierre, un ami ayant approximativement la même âge que Claude, se souvient de ses événements dramatiques :
Ce jour, le 21 mai, 1944, c’était la fête des mères. Nous étions en train de prendre des photos de famille lorsque nous entendîmes le hurlement d’un moteur. Lorsque nous regardâmes le ciel, nous vîmes l’avion qui plongeait. Une explosion fut suivie par de la fumée qui montait au-dessus des toitures.
Mon père, mes deux frères, et moi courûmes en direction de la fumée, qui émanait de derrière quelques peupliers. Un officier allemand, chargé des prisonniers de camp, essaya de nous empêcher, mais c’est en arrivant vers le site de l’accident que les explosions de munitions nous décidèrent de rentrer à la maison. Nous ne réussîmes à y retourner que vers 15 heures.
Il y avait beaucoup de monde. Un camion avec dix soldats allemands et deux officiers de la Luftwaffe arrivèrent. Le plus senior des officiers ordonna aux soldats de présenter leurs armes. À son ordre, ils tirèrent au ciel deux fois en honneur du pilote décédé, alors que l’autre officier (probablement celui qui descendit l’avion) prit un morceau de l’aile. Ensuite le groupe s’en alla.
Les habitants d'Haudainville eurent permission de s’approcher à l’épave, et mon père commença avec deux amis à chercher dans le cratère les restes du malheureux pilote.
Voici mon reportage sur ce jour triste mon cher Claude, jour qui reste très frais dans ma mémoire.
Ton ami,
Pierrot
Le 24 mai, 1944, le corps du pilote fut enterré dans le cimetière municipal, et fut couvert de fleurs par les habitants jusqu’à son exhumation en été 1945.
On ne peine pas à imaginer la douleur de la famille Church lorsqu’ils apprirent le décès de Jake. Mais cette peine fut doublée lorsque le destin les frappa encore lorsqu’en décembre 1944, Tommy, le plus jeune des frères Church inscrit dans l’armée, disparut quelque part dans la mer Adriatique dans le bombardier B24 où il opérait comme navigateur-bombardier, et ne fut jamais retrouvé. Il avait tout juste 21 ans.
La recherche que j’ai effectuée me permit de localiser la famille de John et les inviter à la cérémonie qui eut lieu le 25 mai, 1998 à Haudainville où on a érigé un monument en granite à sa mémoire, et par extension à la mémoire de tous les soldats américains qui donnèrent leur vie pour la libération de notre pays.
Je souhaiterais remercier chaleureusement toute la famille Church qui purent assister à cette cérémonie à Haudainville. Merci à Walter et Mary, merci à Susan et Jim, et merci à tous vos compatriotes qui prirent tant de risques sur les plages de Normandie, dans les Ardennes, et dans le Pacifique, et autre part dans le monde pour défendre la liberté. Permettez-moi de finir par dire du fond de mon cœur :
Que Dieu vous bénissent, tous les membres de la famille Church,
Que Dieu bénisse l’Amérique,
et, surtout,
Que Dieu te bénisse, Jake !
Tu peux être sûr qu’on ne t’oubliera jamais.
Tu appartiens pour toujours au pays de la liberté, la patrie des courageux.
1association à but non lucratif américaine destinée à la préservation du patrimoine aéronautique militaire
2le nom porté par l'armée du IIIe Reich



